M5 – L’incorporation sans se forcer

On termine notre tour d’horizon des fonctions supérieures avec celle qui a ceci de particulier qu’elle permet la reproduction de toutes les autres. C’est la fonction génétique.

Qu’est-ce que la médiation? M5

Si vous cassez un caillou en deux, ça fait deux cailloux. Si vous coupez une plante en deux, ça ne fait pas deux plantes mais la partie racines devrait s’en sortir. Si vous coupez un animal en deux, ça ne fait plus d’animal du tout mais un cadavre. Seul le lombric repart chacun de son côté.

Les cellules organiques se constituent en individu contrairement aux morceaux minéraux qui s’agrègent et se désolidarisent sans changer de règne. Ecrasez du calcaire, vous obtenez de la craie. Laissez sécher une feuille, elle redevient carbone. La dépouille  retourne elle aussi au minéral en quittant le biologique. On détermine grammaticalement la matière par de l’article partitif : du granit, de l’or, de la tourbe. Cela ne se dénombre pas.

En revanche, on dit un chêne, une chèvre et un légionnaire. On parle à ce propos d’individuation ou de proprioception. C’est cette fonction qui permet à l’organisme vivant de savoir où en est chacune de ses parties par rapport à l’ensemble. On lui attribue l’équilibre et la capacité de savoir où se trouve une partie de l’ensemble sans avoir recours aux sens. Vous pouvez gérer les mouvements de votre langue dans votre bouche ou toucher votre nez les yeux fermés grâce à ce que certains appellent le sixième sens. La plante ne se déplace pas. Elle pousse ou meurt au gré des éléments extérieurs. Elle foisonne et buissonne à loisir : elle ne devient jamais monstrueuse sinon dans l’imagination de l’observateur. Que l’animal dépasse un certain nombre d’yeux, de membres ou d’organes et il sort de son programme de développement. On parle à ce propos d’incorporation ou de somasie (du grec soma: corps). L’animal accède ainsi à la frontière naturelle entre l’intérieur et l’extérieur.

L’animal devient plus ou moins rapidement autonome jusqu’à pourvoir à ses besoins par ses propres moyens, le petit de l’homme étant le plus lent à se débrouiller seul. Le corps animal devient donc sujet dans la mesure où il se prend en charge pour sa subsistance, sa maintenance, sa reproduction et pour certaines espèces, l’élevage du petit.

Là encore, l’idée, c’est de ne pas s’attarder.

C’est là que les choses se compliquent un peu. Il faut être deux de sexes complémentaires dans l’accouplement fécond. La somasie permet justement à l’animal de se situer sexuellement et de trouver le bon partenaire pour procréer.

Dans le cas des mammifères, la semence du mâle est acceptée par le corps de la femelle pour laquelle commence alors la gestation, période durant laquelle un futur sujet se développe en elle. Le corps qui tend à se défendre en temps normal contre les agressions et à rejeter les intrusions accepte et même provoque la pénétration pour assurer la pérennité de l’espèce.

Et même après la parturition, la génitrice (mais parfois aussi le géniteur) continue à s’occuper du rejeton jusqu’à maturité. Celle-ci intervient quand le jeune est en capacité de trouver un partenaire adéquat et de donner naissance à un troisième qui lui-même engendrera et ainsi de suite… On retrouve là la sériation qu’on a déjà rencontré dans le symbole, et qu’on retrouvera dans l’instrument et la valeur.

Le sujet est donc à la fois sexué (mâle ou femelle) et impliqué dans une relation d’engendrement ou de genèse (parent et progéniture). Gagnepain parle de spécimen pour l’échantillon d’espèce et de type pour le résultat de la reproduction, et par conséquent la multiplication et la persistance de l’espèce.

Il est toujours ici question d’autonomie puisque le petit gagne son indépendance tout en se liant à sa propre progéniture qu’il mène à l’autosuffisance. La reproduction est donc une sériation infinie de sujets.

Notons que la maturation du sujet s’appelle enfance chez l’hominien et que la maturité s’atteint à l’adolescence plus ou moins précoce et longue suivant le sexe et le sujet lui-même. 

Tout le reste est littérature ! A la revoyure !

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