M6 – La bête et l’ange en quatre tranches

Nous voilà arrivés au bout des fonctions naturelles. L’introduction peut paraitre longue mais il me semble important de faire au moins sentir l’omniprésence de l’animal en l’homme, d’autant que dans les épisodes qui vont suivre l’humain va sérieusement s’en décoller par une sorte de saut de l’ange avec double salto.

Qu’est-ce que la médiation? M6

Le tableau des fonctions naturelles supérieures et de leurs dysfonctionnements résume les chapitres précédents. Ça fait du vocabulaire à ingurgiter mais rassurez-vous: c’est pas nécessaire de tout retenir et vous pouvez le garder sous le coude en cas de défaillance de votre mémoire. Je mettrai tout cela dans le glossaire et vous pouvez toujours mettre un marque-page.

Vous avez remarqué qu’une case reste vierge: on manque en effet un peu de vocabulaire pour les troubles de la proprioception. Ils existent pourtant bien et leurs effets ont été observés mais moins étudiés que les autres. Si je tombe sur un terme satisfaisant, je vous en ferai part.

De ce minimum animal commun, on retiendra en priorité un ensemble d’opérations qui suivent une même procédure avec des contenus différents. Non seulement l’explication empreinte un seul chemin mais c’est la gestion entière des fonctions supérieures qui répond à un principe unique.

L’idée de génie de Gagnepain, c’est d’avoir parié sur un processus analogue dans le domaine purement humain. Le résultat des fonctions supérieures de l’animal fournissent le point de départ à un autre type de transformations que l’homme est seul à pouvoir opérer. 

Dans les chapitres suivants, je vais m’efforcer de vous en tracer les grands principes. Cela pourra paraitre un peu abstrait mais une fois qu’on a saisi le fonctionnement, on peut l’approvisionner avec des matériaux variés et obtenir des résultats surprenants.

Dans les quatre sections suivantes (Signe, Outil, Personne et Norme), ce processus sera donc appliqué à chacun des plans que recouvre l’anthropologie. Gagnepain l’a baptisé médiation, d’où la théorie de la médiation. 

En philologue qu’il avait été à ses débuts, Gagnepain n’a jamais choisi ses mots au petit bonheur la chance. Son lexique était vaste et s’il l’avait voulu, il aurait bricolé un néologisme. Or il se trouve que c’est ce mot qu’il a choisi, peut-être bien emprunté au phénoménologue Ernst Cassirer. Médiation. Hors des -ismes qui ont fleuri au XXème siècle et dont Gagnepain se méfiait. Loin de la méditation qui ne sait pas toujours où elle met les T. A cent lieues d’une assistance sociale pour handicapés de la négociation, sorte d’ONU de quartier. Médiation signifie entremise destinée à mettre d’accord, à concilier ou à réconcilier des personnes, des partis, des États. On pourrait y ajouter des états sans majuscule.

La médiation fait de l’humain un médiateur dialecticien entre deux mondes a priori inconciliables: l’instance et la performance, l’abstrait et le concret, le vide et le plein, l’ange et la bête, le discret et le visible, le virtuel et le tangible. Il accède aux premiers sans tout à fait quitter les seconds mais sans jamais non plus pouvoir y revenir exactement. Bref, c’est tendu !

Tout le reste est littérature. A la revoyure !