S16 – Métaphore, métonymie: la vérité… enfin!

On confond parfois la métaphore et la métonymie. En passant du champ sémantique à l’expansion conceptuelle, vous comprendrez mieux comment les distinguer.

le plan du signe S16

L’index est un cas particulier de doigt. Mais doigt et index sont des parties de la main. Dit comme ça, c’est tout simple mais Gagnepain propose une série de termes que vous ne retiendrez pas mais qui me font kiffer pour nommer les différents rapports au sein de l’expansion conceptuelle.

La main est l’holonyme du doigt qui en est l’hyponyme: le premier intègre le second. Dans ce dernier cas, on utilise parfois méronyme. Holo- veut dire entier, hypo- en dessous et méro- partie. Pouce et index sont prosonymes entre eux. Ils sont également isonymes (sur le même degré de l’échelle de spécificité dans le champ): ils sont tous les deux intégrés au même holonyme main. L’expansion se présente donc comme la maitrise de l’intégration.

Le pouce est le premier doigt opposable de la main chez les primates. Pouce est donc le résumé de la périphrase composée de l’holonyme doigt et de la précision qui l’entoure. Par concision, pouce est l’équivalent d’une pluralité de vocables complémentaires dans sa spécification. 

Il n’est pas toujours facile de bien distinguer les relations d’inclusion et d’intégration vu qu’elles interfèrent en continu. C’est justement ce qu’il faut retenir: l’interactivité continuelle des analyses quantitative et qualitative.

Gagnepain définit la métaphore comme la pantonymisation de l’idionyme, c’est à dire un remplacement conceptuel du plus général par le plus particulier: quel boulet, (sous-entendu ce Kevin)! Boulet est un peu moins spécifique que Kevin mais plus spécifique que charge ou entrave. Kevin est cependant en passe de devenir un nom commun par métaphorisation.

Nous pouvons donc nous demander si l’holonymisation de l’hyponyme est possible. Eh bien, oui, les amis. C’est ni plus ni moins que la métonymie. La métaphore a donc en quelque sorte un fonctionnement vers le haut alors que la métonymie est un déplacement conceptuel « latéral », de l’intégré vers l’intégrant ou son contraire, la partie pour le tout ou le tout pour la partie, la couleur pour la chose, l’auteur pour l’oeuvre…

L’intégrale de Bach, c’est en fait l’intégrale des oeuvres de Bach et la grande semaine du blanc désigne la grande semaine de vente du linge de couleur blanche. Beaucoup de ces métonymie sont devenu d’usage courant: faire de la voile, de l’aviron, de l’argent, des heureux, de la peinture. A moins qu’on ne préfère investir dans la pierre. Et personne n’a oublié le doigt de whisky de la Cité de la peur des Nuls (notre document et le bonjour à Chantal).

Pour la glossologie une fois de plus, la question de l’écart par rapport à l’usage ne se pose pas. C’est une affaire de norme et d’institution, pas une question de sémantique.

C’est la syntaxe qui est au principe de l’expansion sémantique. Rappelez-vous que la syntaxe rend les mots complémentaires et fait peser de l’identité sur plusieurs unités. Je dis peser car la syntaxe restreint la variation. par exemple, non seulement… mais aussi impose une identité dans la construction (par factorisation): il exige non seulement notre reddition mais aussi une rançon. Ou alors, il exige non seulement que nous nous rendions mais aussi (que nous versions) une rançon. La première construction détermine en grande partie la seconde. Il exige non seulement que nous nous rendions mais aussi pour une rançon est impossible car la préposition pour est de trop.

Le réaménagement rhétorique de la syntaxe va également permettre de faire peser de l’identité conceptuelle sur une pluralité de termes. Cette solidarité instaure et impose une cohésion entre termes. Par exemple: Pierre arrive en retard et le jeune homme de s’excuser. Tout le monde aura compris que Pierre et le jeune homme ne font qu’un par pantonymisation de l’idionyme et précision du vocable plus générique. Ensuite il existe entre les deux actions une relation de cause à effet qui entre dans le cadre de l’expansion. Si la syntaxe fonde l’expansion, elle est en contradiction chronique avec elle.

Si dans le cas de la prédication, l’ordre peut s’avérer déterminant, la syntaxe permet de renverser grammaticalement la vapeur sans que le sens n’en soit altéré:

Je monte dans le wagon. Le train peut partir. 

Sans lien grammatical, on suppose que ma présence dans le wagon autorise le départ du train.

Le train peut partir. Je monte dans le wagon.

Par inversion des termes, on induit que je monte dans le wagon parce que le train peut partir. 

Mais Le train peut partir. Je monte donc dans le wagon fait aussi bien l’affaire.

La Grammaire se joue de l’ordre des termes de propositions qui repose pourtant sur l’expérience: le fait 1 qui entraine le fait 2 le précède en contexte mais la syntaxe permet d’inverser cet ordre.

Comme je monte dans le train, je deviens passager et donc son hyponyme ou son holonyme selon que cela soit la cause ou la conséquence du départ. Cela, c’est la conjoncture qui l’indique. Les informations qu’elle fournit infléchissent considérablement le message. Sur un quai de gare, « en voiture » ne comporte aucune équivoque et ceux qui doivent monter savent de quoi il retourne même si seul le propos est exprimé par un Mot unique.

Dans ce cas, la propriété du dit est maximale. Univoque et congru.

Tout le reste est littérature. En voiture! Et à la revoyure!