M15 – Vertige entre quat’zyeux

Vous savez maintenant que rien n’est simple chez l’humain et les dirigeants qui nous prennent pour des bourrins ont tort. Notre cerveau est le siège d’une incroyable complexité, une richesse que nous avons à peine commencer à dévoiler. Alors, allons encore plus loin, histoire de se donner le vertige… avant de détailler l’affaire en quatre plans.

Qu’est-ce que la médiation? M15

L’homme partage avec l’animal un socle commun. Mais l’expérience animale ne va pas plus loin que ce que nous avons détaillé en M1, M2, M3, M4 et M5. Ces fonctions supérieures forment la base du processus d’acculturation par lequel l’instance contredit structuralement un contenu naturel qui se réinvestit dans le réel, tout simplement parce qu’il ne peut pas faire autrement.

En résumé schématique:

La dialectique est difficilement schématisable et il est important de bien se figurer que cette représentation n’est nullement réaliste tant l’opération, pour un humain, est spontanée et instantanée.

Autrement dit, le premier pôle est positif et son contenu s’observe. Le deuxième est négatif et doit s’éprouver comme on ferait advenir un trou noir: on postule qu’il est là mais on ne peut qu’en constater les effets sur ce qui est observable. Le troisième pôle est la négation d’un négatif : il est donc positif, tout en étant statutairement différent du premier pôle. La performance se constate tout en ne pouvant s’expliquer qu’à travers l’instance qu’il va donc falloir modéliser sans l’avoir sous le nez. 

Etant donné que tout ici est affaire de relations et de mouvements, analyse et performance sont autant dans le processus que dans le pôle mais pour éviter de se perdre dans un piège quantique, il faut bien un temps soit peu figer les choses.

Il faudra également mettre ce modèle à l’épreuve par des expérimentations appropriées qui s’annoncent déjà acrobatiques étant donné que Gagnepain s’est donné la clinique comme champ d’expérimentation «  naturelle » : les pathologies se présentent en effet comme une déconstruction spontanée qui permet de mettre les processus en évidence. Je vous laisse imaginer ce qu’un docteur Mengele aurait commis comme horreurs vu que les facultés (c’est ainsi que nous désignerons les opérations culturelles uniquement accessibles à l’humain) ont une implantation corticale. Ce sera à la neurobiologie de faire le lien entre ce qu’elle sait du cerveau et le modèle que la théorie de la médiation propose.

Nous sommes là à l’exact opposé de ce que la grammaire générative de Chomsky et les sciences cognitives suivent comme chemin. Ils sont à la remorque de l’informatique alors que les opérations rationnelles du cerveau humain sont infiniment plus complexes que les calculs les plus subtils de l’intelligence artificielle d’un cyborg 4.0. La théorie de la médiation propose néanmoins une explication de la syntaxe bien plus nouvelle que la grammaire de Port-Royal à laquelle Chomsky est revenu en croyant faire du neuf.

Nous avons pour l’instant distingué quatre contenus, nous définirons donc quatre modes de transformation culturelle. Dans notre jargon, nous appelons cela des plans de médiation. On le désigne souvent par leur numéro pour aller plus vite. Nous allons rapidement les parcourir histoire de se donner le vertige.


Chaque instance est divisée en deux faces qui se définissent mutuellement et qui sont la négation des deux faces de la forme gestaltique: au fameux signifiant-signifié, s’ajoutent les binômes fabriquant-fabriqué, instituant-institué et règlementant-règlementé. Elles s’autosuffisent donc et on parle d’immanence à leur sujet. 

Dans Du Vouloir dire, Gagnepain a schématisé ainsi les quatre plans. Sant pour signifiant, Sé pour signifié, de même pour fabriquant, fabriqué, instituant, institué, réglementant et enfin règlementé.

Et là, le titre s’éclaire!!!

Dans chaque face, deux axes (rappelez-vous, taxinomique et génératif ! ) d’analyse qui eux-mêmes se recoupent pour catégoriser les unités et ordonner les identités. La projection d’identique sur du segmenté crée donc de la complémentarité et la projection d’unique sur de la diversité produit de la similarité. Une boite à outils de rêve pour un logicien ! 

Cela fait donc (4 plans que multiplient 2 faces) fois (2 axes) auxquels j’ajoute (2 recoupements que multiplient les quatre plans) sans oublier d’effectuer la même opération pour la phase de réinvestissement et j’obtiens la bagatelle de 64 capacités qui répondent entre autres aux doux noms de syllabe, machine, état ou congé, des termes que vous connaissez, mais derrière lesquels se logeront de nouveaux concepts qui s’inscriront ici dans un grand ensemble cohérent.

Et je vous passerai pour l’instant le détail du réinvestissement dialectique où tout ce subtil découpage se réaménage dans le réel, et de trois manières différentes, si la simple évocation de ces visées ne vous faisait déjà, j’en suis sûr, rêver à un vortex conceptuel: science, mythe, prosodie, empirie, magie, art, conservatisme (anallactique), révolution (synallactique), choralité, ascétisme, casuistique et enfin héroïsme.

Ah, j’oubliais! Les quatre plans eux-mêmes s’interpénètrent, ce qui fait que par exemple, l’écriture qui relève d’un traitement ergologique de la langue, elle-même Institution sociologique de la capacité de Signe.

Alors, allez me trouver un ordinateur qui me fasse le même boulot et je vous tourne est remake du premier épisode de Black Mirror avec un port USB.

La question de savoir pourquoi tout cela est arrivé dans notre cervelle d’anthropien n’est pas à l’ordre du jour. C’est là ! un point, c’est tout ! L’anthropologie clinique s’occupe de comprendre comment ça marche et trace un modèle qu’elle valide (autant que faire se peut!) par les pathologies : une capacité correspond à une implantation corticale et un dysfonctionnement à une détérioration. 

Tout le reste est littérature. A la revoyure  !