P6 – La carte d’identité exclusive et inclusive

Ce chapitre va se concentrer plus particulièrement sur l’Instituant, même si vous l’avez compris l’Institué n’est jamais loin. Pour ce faire, nous allons nous appuyer plus directement sur ce qui d’Hubert Guyard a été publié sous le titre « Répulsion et Persécution : les troubles de la Personne ». A la prose tortueuse de Gagnepain, je préfère donc ici celle d’Hubert Guyard qui a été mon prof d’aphasiologie : un esprit brillant, futé et plein d’humour.

le plan de la personne P6

On vous demande parfois de décliner votre identité, de donner les signes particuliers qui font de vous un être unique… unique mais également assimilable à d’autres : nom, prénom, âge et qualité. Dans notre type de société occidentale, la profession, et parfois même l’emploi, correspond généralement à la qualité, ce qui montre l’emprise du travail sur notre personnalité. Au regard de l’INSEE, votre sexe, vos date et lieu de naissance comptent plus. A l’étranger, votre nationalité prime.

La distinction permet de définir un statut : elle est l’aptitude qui crée de l’identité qui, elle-même, se définit en opposition aux autres. Être un homme, c’est à ce niveau ne pas être une femme. Être un adulte, c’est ne pas être un mineur. Être blanc, c’est n’être ni noir, ni arabe, ni asiatique, ni amérindien, ni latino, ni métis. Être indigène, c’est ne pas être étranger. Être hétérosexuel, c’est ne pas être LGBTI ou plus.

http://www.slate.fr/story/118325/mogai-lgbtqqiaap

Être vieux, c’est ne plus être jeune. Être conservateur, c’est ne pas être progressiste ou moderne, ni réactionnaire non plus. Bref, nous avons la capacité de générer nos propres oppositions qui viennent nier le naturel : à la différence sexuelle, nous pouvons par exemple opposer le statut viril/féminin qui ne tient pas compte du sexe naturel. Un homme peut être efféminé comme une femme peut être une hommasse.

« La virilité ne se définit que par opposition à la féminité ; l’inventaire des signes particuliers par quoi se reconnaît socialement un homme — sa carrure, sa voix, son anatomie, sa vêture, sa démarche, ses centres d’intérêt, etc. — n’est possible qu’en fonction de son opposition à l’ensemble des signes particuliers par quoi se reconnaît une femme. La définition de l’ensemble précède formellement son inventaire, » écrit Hubert Guyard.

Comme le trait et le sème au plan 1, le statut ne se réalise qu’en contexte. En tant qu’identité structurale, il reste toujours en puissance et ne se concrétise que sous forme d’état dans la phase politique. En se distinguant et en advenant en contexte, je me réserve toujours la possibilité de changer d’état. Je suis devenu jurassien tout en restant breton et je me sens dolois à Saint-Malo. Chez moi n’a pas toujours le même sens. Sociologiquement, chez moi est relatif à la situation d’élocution.

On est vieux par rapport à la génération suivante mais on se revendique comme jeune vis à vis des ainés mais parfois le nombre des années n’y joue qu’un petit rôle et ce sont d’autres critères qui feront la différence, notamment la compétence ou le statut social. 

Mon identité n’est pas non plus un inventaire fini de signes particuliers mais un faisceau de possibles qui s’actualisent au gré des circonstances comme une garde-robe de laquelle je sortirais les éléments vestimentaires adaptés au milieu dans lequel je vais évoluer ou au temps qu’il va faire. 

C’est la conjoncture qui me pousse à actualiser mon statut, c’est à dire à choisir parmi mon faisceau de signes particuliers ceux qui correspondent à l’état dans lequel je me trouve. Se mettre dans tous ses états, c’est justement ne plus savoir lequel adopter dans une conjoncture donnée.

 Sur l’axe génératif, la discrimination est la faculté de répartir l’ensemble de l’espèce humaine en cellules à géométrie variable : citoyen, foyer fiscal, couple, club, cercle, équipe, secte, fédération, clan, bande, comité, parti, guilde, ligue, caste, tontine, chambre, syndicat, tribu, classe, nation, je n’épuiserai pas ici le lexique des groupes sociaux dont le nombre de membres peut varier sans que le notable change. Ce dernier ne se réduit par conséquent pas au citoyen à chapeau et costume des romans de Marcel Aymé.

En tant que principe d’unité, la discrimination sépare et par conséquent, regroupe des sujets en nombre indéterminé : le foyer fiscal par exemple ne tient pas compte des membres organiques qui le composent. Tout au plus parle-t-on de parts et de demi-parts : l’identité de chacun n’y a pas cours. Et un couple en concubinage représente deux foyers fiscaux quand bien même ils passeraient leur temps au plumard. En revanche, vos vieux parents peuvent revenir dans votre foyer fiscal en étant à votre charge comme vous avez été jadis à la leur. Ce système se rapproche d’ailleurs du modèle de la famille romaine ou du fouage en régime féodal.

Guyard parle de discrimination à propos de la faculté d’engendrer du notable et par conséquent d’émancipation. Tout dépend du point de vue, inclusif ou exclusif. Le chef du foyer fiscal prend une mesure discriminatoire envers un enfant en le détachant du foyer alors que le jeune salarié s’émancipe et devient notable et contribuable. De même, on parlera d’émigration ou d’immigration suivant qu’on soit encore là-bas ou déjà là : si on parle actuellement de migrants, c’est qu’on a le plus grand mal à leur donner une notabilité. Leur clandestinité les empêche d’être pleinement reconnus socialement. Administrativement, ils n’existent pas.

Une société (même anonyme) compte juridiquement pour un quand bien même elle compte des milliers d’employés : Mac Donald, pour citer l’une des moins fréquentables, peut avoir à répondre de ses actes et être condamné à payer ses impôts (on peut rêver) au même titre qu’un particulier. On peut parler à son sujet de personne morale, même si en toute franchise… bon, je sors.

Créer de la division ethnique, c’est dans le même temps, définir de l’appartenance, se situer au regard des frontières sociales toujours mobiles comme peuvent l’être les cloisons d’un hall d’exposition. L’espace social se redessine au gré des mouvements historiques et reste en tension parce que l’humanité est perpétuellement en train de pousser les murs et de fermer des portes.

Tout le reste est littérature. A la revoyure !

Pour aller vraiment mais alors vraiment plus loin :

L’article d’Hubert Guyard auquel je fais référence dans ce chapitre est disponible sur le site de Tétralogiques et traite en grande partie de pathologie sociale. Ce n’est peut-être donc pas la tasse de thé de tout le monde. Nous aurons pourtant l’occasion d’y revenir tant il est riche de perspectives.

http://tetralogiques.fr/spip.php?article76

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