S4 – Et si nous parlions pertinence?

On a pour l’instant parlé qualité phonologique. Mais rappelez-vous : l’analyse est double (M11). Elle joue aussi sur la quantité et la segmentation.

Le plan du Signe S4

Pour ajouter ou retrancher, il faut préalablement segmenter. Pour ôter une carte d’un jeu, y glisser une carte supplémentaire ou couper les cartes, il faut justement que le jeu soit segmentable en unités. Lorsque que vous distribuez une carte à jouer, vous donnez une unité du jeu qui possède également une identité (roi de coeur ou trois de pique). A partir de votre main, vous et vos partenaires constituez des plis. Le nombre de carte dans un pli fluctue suivant le nombre de joueurs et la valeur de chaque carte varie suivant la conjoncture : le type de jeu d’une part mais aussi les autres cartes du pli. La qualité d’une carte est ainsi toujours relative. Il en va également de sa quantité suivant qu’on considère la carte, le pli ou la main. 

Françoise Sagan apporta à l’élocution ce que la mitraillette fut à la Saint-Valentin.

S’il semble continu, le flot de paroles répond à la même logique de qualité d’une part, comme nous l’avons vu avec le trait pertinent, et d’autre part, au niveau de la quantité, pertinente ou pas.

Par exemple, l’opposition masculin/féminin se marque généralement par l’ajout ou le retrait d’un son ou plus : charmant/charmante, marchand/marchande, délicieux/délicieuse, maitre/maitresse. Je vous épargne la transcription phonétique mais il est facile de constater que le second mot de chaque paire est légèrement plus long que le premier. Et pour pouvoir mettre au bout, encore faut-il segmenter pour savoir quand ça s’arrête et quand vient la suite.

Les paires suivantes montrent qu’un seul phonème en plus modifie le sens : halle/allée, parc/parquet, marche/marché, moule/moulin, gnosie/agnosie, style/stylo, part/pari. J’ai choisi un son vocalique pour un ajout minimal. Ajoutez deux sons et vous obtenez : halle/à l’aise, parc/parking, marche/marchande, moule/moulage, style/styliste, part/parage.

George VI bégayait grave. Mais bon…

Lorsque l’on improvise un discours, des éléments parasites dus à la maladresse ou à l’hésitation (euh…, je veux… je veux parler du bé… du bé… bé… bégaiement, ou… ou… ou… d’une… euh…. répétition fortuite, ok, d’accord dont je suis un spécialiste) peuvent se glisser dans le flot de paroles. Changent-ils le sens des paroles ? Non.

Vous voyez où je veux en venir ? Les éléments phoniques qui s’ajoutent ici ne sont pas porteurs de sens et la segmentation phonologique ne les prend donc pas en compte. Ce sont de simples parasites dont le sens se contrefout. Ils peuvent entraver la communication mais pas changer la signification.

Si, en s’allongeant, le mot change de sens, il ne s’agit plus de parasites. Heure n’est pas heureux, tout n’est pas toutou et  cô…côtier (prononcé par un bègue) n’est pas cocotier. Le petit plus quantitatif est ici phonologique car il modifie le sens.

Et pour conclure pour cette fois sur la pertinence, disons qu’elle est la propriété selon laquelle une variation qualitative et/ou quantitative dans le Signifiant s’atteste par le franchissement d’une frontière dans le Signifié. Signifiant et Signifié se justifie par conséquent mutuellement. Une frontière d’un côté du Signe renvoie à une frontière de l’autre côté. 

Attention à ne pas positiver ces notions. Remettez-vous l’image du terrain de volley en tête. Ce sont les effets sur ce qui est effectivement dit qu’on observe. Pas les éléments structuraux eux-mêmes qui s’éprouvent plus qu’ils ne se constatent : tant qu’il est dans son éprouvette, l’acide sulfurique ressemble à de l’eau.

Tout le reste est littérature. A la revoyure !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *