S13 – Symphonie d’un nouveau mode

Dans le chapitre précédent, nous n’avons pas abordé l’aspect phonétique pourtant inscrit dans le tableau. Nous y voilà. La théorie de la médiation insiste sur l’absence de hiérarchie entre les deux faces.

le plan du signe S13

Sur le versant phonétique du signe, le réaménagement s’opère de manière analogue au réinvestissement sémantique : traits pertinents et phonèmes sont au principe de la performance qui les masquent. Disons pour faire bref qu’en phonétique, il n’y a plus que des épels et des syllabes, les premiers s’accrochant sur les secondes comme dans strophe par exemple où 5 épels (s-t-r-o-f) s’agglutinent sur une seule et malheureuse syllabe. On ne voit guère que script ou spectre pour faire mieux en français. La concaténation (enchainement d’épels) rencontre semble-t-il des limites physiologiques. On connait l’exemple de Ouest-France: /wɛsfʀɑ̃s/ ou /wɛstəfʀɑ̃s/. Soit on squeeze  le /t/, soit on ajoute un /ə/ d’appui pour franchir le gué.

De la même manière, plusieurs vocables atterrissent dans un seul terme de proposition : si, en théorie, leur nombre est illimité, il est indispensable de faire des pauses conceptuelles. En journalisme, on limite les phrases à une vingtaine de mots. Moi pas. La ponctuation permet cependant les respirations sémantiques. Dans un cas comme dans l’autre, l’engorgement est l’ennemi de la clarté.

– Eh bien, mon gaillard, vous avez une syllabe coincée derrière l’amygdale gauche! Il faut opérer!

Reprenons : malgré la pluralité d’épels et de vocables, la syllabe et le terme de proposition ne constituent respectivement qu’une seule unité phonétique et une seule unité sémantique. Au-delà de celle-ci, c’est une autre unité qui commence. En-deça, ce ne sont que des fragments qui forment un tout. Il faut les concevoir comme un creuset où convergent spontanément mais momentanément une pluralité.

– Si vous l’aviez sur le bout de la langue, ça se verrait!

Contrairement à leurs homologues structuraux, les identités et les unités rhétoriques ont un contenu qui, s’il n’est pas figé mais toujours réaménageable, s’observe. Le français compte ainsi 37 épels, chacun actualisant plusieurs traits distinctifs à la fois : les enfants pratiquent parfois cette méthode d’épellation en apprenant à lire. Je recommande d’ailleurs cette méthode qui contraint l’apprenant à d-é-c-om-p-o-s-er ce qui ne saurait faire un bloc.

Mais comme nous l’avons déjà vu, l’épel résiste à la diversité de la prononciation : vous pouvez changer de voix, il reste le même car le Signifiant est son principe. Pas l’acoustique.

Les vocables sont nettement plus nombreux que les épels mais leur nombre varie énormément suivant les personnes (entre 300 et 30 000 en France). Mais en glossologie, ça n’a aucune importance. Notons toutefois que l’univers de ces personnes n’est sensiblement pas le même et qu’un vocabulaire limité peut frustrer le locuteur ou donner l’impression qu’on est d’accord. Le cas contraire peut pousser des névrosés tatillons comme nous à couper les cheveux en quatre.

https://www.accentformation.ca/blogue/2015/combien-de-mots-utilise-t-on-en-moyenne-pour-s-exprimer-en-francais

Sur l’axe génératif, je comparerai les syllabes et les termes de proposition à des cintres sur lesquels on suspend des chemises, des cravates et des gilets. Six épels sur une syllabe semble être un maximum (du moins pour un francophone) alors que le terme peut supporter beaucoup plus de vocables selon le locuteur (voir Proust, Lordon et Gagnepain lui-même). Ces supports s’enchainent comme les cintres sur un portant et se combinent pour former des mots et des phrases tels qu’on les entend communément.

Nous savons à présent que sous la (relative) simplicité de ce qui est dit se dissimule une redoutable complexité que nous déconstruisons spontanément mais sans nous en rendre compte pour la réaménager au gré du contexte à dire.

Ce qu’il est essentiel de garder à l’esprit, c’est que la synonymie n’est pas un état de faits mais une convergence de sens dans un concept en fonction d’une situation à dire. De même, le contrôle de l’autonymie permet de rassembler des effets de Mots grammaticalement contrastés dans une conjoncture particulière : les mots du terme con-courent ensemble (pléonasme quand tu nous tient!) à désigner.

Du côté de l’épel et de la syllabe, on aurait aimé terminer sur une note de symphonie pour mettre tout le monde d’accord mais Gagnepain préfère parler d’homorganie au sujet de l’épel. On pourrait risquer l’autophonie au sujet de la syllabe.

Tout le reste est littérature. A la revoyure !

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