O1 – Le grand retour de l’homo faber

Si on met le guerrier de côté, le travail manuel n’a jamais été très bien considéré: le paysan et l’ouvrier restent en bas de l’échelle des salaires et il n’y a guère que l’artiste qui s’en tire parfois à condition que les intellectuels et les mécènes décident de faire monter sa cote. La théorie de la médiation accorde à l’activité la place qui lui revient et cette réhabilitation fera l’objet du plan 2: après le Signe, nous abordons donc l’Outil.

le plan de l’outil O1

C’est sans doute André Leroi-Gourhan qui a inventé le terme d’homo faber sur le modèle de l’homo sapiens. Son anthropologie des techniques a obtenu un joli succès mais a finalement eu comme conséquence de faire précéder sapiens par faber comme si l’anthropien, après s’être redressé sur ses pattes arrière, s‘était mis à bricoler avec ses mains libres avant de passer aux choses sérieuses, c’est à dire le langage et la pensée.

De la même manière, l’enseignement technique attend tous ceux qui n’ont pas les moyens de faire de longues études: une voie de garage en somme, et une punition sociale à la clef.

C’est le modèle sociologique de l’Occident qui est à l’oeuvre. Rome avec son tripalium et le régime féodal qui a suivi méprisaient le travail: on le réservait aux catégories dominées. Les nobles et les clercs profitaient de ses fruits. En parlant de fruit, après avoir croqué la pomme du savoir, Eve se retrouve à accoucher dans la douleur et Adam à gagner sa vie à la sueur de son front. On était mal partis.

La révolution industrielle est venue en remettre une couche. Capitalistes et travailleurs se sont affrontés, ces derniers produisant de la plus-value par leur labeur manuel quand les seconds récupéraient le profit pour en investir une partie dans des machines qui ont fini par remplacer, d’abord l’artisan par l’ouvrier, puis l’ouvrier par l’opérateur dont le titre marque bien la spécificité réductrice de son travail. C’est l’organisation politique de la société, et non la segmentation des tâches, qui a octroyé à l’intellectuel et surtout au décideur-dirigeant des privilèges devenus exorbitants.

Sur un plan scientifique pourtant, et cela se vérifie en clinique, le Signe et l’Outil sont sur un pied d’égalité comme le sont également la Norme et la Personne. Il est impossible d’affirmer que l’homme a taillé des silex ou cuit sa viande avant de parler, d’émettre des jugements de valeur ou d’enterrer ses morts.

Certains auteurs avant la théorie de la médiation avaient envisagé un système technique spécifique à l’homme: les philosophes Bergson, Barthes, Baudrillard, et plus récemment le neurologue Scott Johnson-Frey, qui du coup arrive après les recherches à Rennes.

https://pdfs.semanticscholar.org/6d92/7aae9401a0c9fe2f16f3564eb8407fbd273a.pdf

Chronologiquement, Gagnepain et Sabouraud se sont intéressés aux troubles techniques après leur travaux sur l’aphasie, les troubles du langage. D’où l’immatriculation du plan 2. Comme ils avaient dressé un modèle dialectique avec deux phases, deux faces et deux axes, Gagnepain s’est dit qu’il n’y avait aucune raison que le mode d’analyse ne s’applique pas sur ce contenu-là. On connaissait l’apraxie, la théorie de la médiation à découvert l’atechnie. Gagnepain a alors construit un modèle théorique que ses disciples explorent encore. 

Si vous chercher le terme atechnie sur le web, vous tomberez invariablement sur des sites liés à la théorie de la médiation. Les dictionnaires généralistes ignorent encore le terme.

Je ne vais pas rentrer dans les détails mais disons que l’apraxique montre de la maladresse à s’habiller quand l’atechnique enfile sa veste comme un pantalon et se fait une moufle d’une enveloppe, ou encore prend le marteau par la tête. L’apraxie est donc un trouble du geste quand l’atechnie relève d’une atteinte à la faculté d’analyse technique, ce que nous appellerons ici, l’Outil avec une majuscule pour bien signifier que ce mode de rationalité va bien au-delà de l’objet-outil. Je vous invite donc à découvrir une théorie du faire comme il y a le dire, l’être et le vouloir. Nous préférerons également le terme de fabrication à celui de travail pour éviter de s’emmêler les pinceaux avec les histoires de métier et de peine.

Tout le reste est littérature ! A la revoyure !

Pour aller plus loin: en dehors du cours et des écrits de Gagnepain et de ses disciples les plus proches, je me suis appuyé sur des articles disponibles sur le net. 

Gilles Le Guennec

https://www.sites.univ-rennes2.fr/arts-plastiques/enseignements/c2_2000.html#a1

Christophe Jarry

http://www.tetralogiques.fr/spip.php?article89

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