N37 – Quand les freins lâchent…

Nous quittons le monde des névroses pour entrer dans celui des psychopathies. J’ai bien dit DES psychopathies, le modèle de la Norme médiationniste nous imposant de poser l’hypothèse qu’il existe quatre pathologies fusionnelles comme il existe quatre formes de dysfonctionnement autolytique dans la gestion du désir. En d’autres termes, face aux quatre névroses, le modèle nous contraints de poser l’existence de quatre formes de psychopathie. On n’est pas sortis de l’auberge, Concepción !

Les troubles de la Norme N37

Anton Chigurha été diagnostiqué tueur à gages psychopathe par un jury de cinéphiles d’Odessa (Texas).

Pire que l’hystérie, la psychopathie a très… mais alors très mauvaise réputation. Psychopathe est une véritable injure pour beaucoup qui confondent le terme avec sociopathe et chemin faisant avec sadique et tueur en série. 

Or, pour la théorie de la médiation, au regard des chapitres précédents qui traitent des troubles de la Norme ou du droit, les psychopathies constituent l’ensemble des dysfonctionnement de type fusionnel de la dialectique éthico-morale, en d’autres termes l’habilitation ne répond plus à tous les critères et le désir s’exprime en partie sans filtre.

Les tueurs en série sont-ils aussi des psychopathes ?

Le psychopathe ne sera donc un assassin potentiel que s’il a des pulsions meurtrières récurrentes, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Qu’on se rassure ! D’une part, tout ne lâche pas totalement et d’autre part, ça ne lâche pas de toute part. Aussi les formes de troubles auxquelles nous allons être confrontés sont souvent très éloignées du profil de Norman Bates, le héros cintré de Psychose. On rencontrera pourtant un certain nombre de personnages à la moralité douteuse puisque, privés d’un filtrage éthique efficient, ils peuvent être sujets à l’accès direct à la satisfaction.

Il convient également de faire un sort à l’immoralité. Le psychopathe est involontairement privé de l’exercice de sa rationalité normative : il est donc amoral et souffre d’une déficience, un défaut de contrôle. En revanche, l’immoralité est une démarche volontaire d’enfreindre les lois et les conventions, ou tout au moins de ne pas en tenir compte dans un but d’efficacité comme les « techniciens » nazis de la solution finale par exemple. Le second prend une décision quand le premier n’a pas les moyens de s’empêcher de répondre à son désir brut. C’est donc bien d’amoralité qu’il s’agira ici.

Le cas de Gilles de la Tourelle a fait couler beaucoup d’encre et user plus d’un clavier d’ordinateur. Mais nous aurons le fin mot de l’histoire dans un prochain chapitre.

Pour en revenir plus précisément au modèle médiationniste, l’analogie nous oblige à poser par principe deux sortes de dysfonctionnements (taxinomique et génératif) sur les deux versants de la performance morale. « Mais, remarque Gagnepain lui-même dans un séminaire de 1984, on ne peut pas parler quand même d’une psychopathie timologique ni d’une psychopathie chrématologique : personne ne dira jamais des mots pareils. » Il propose donc de parler de timopathies et chrématopathies, ce qui parait acceptable, mais nous semble moins intéressant que la distinction qu’il opère entre réluctance et délinquance.

Tim o’Path s’était engagé en 1997 dans les services secrets estoniens sous une fausse identité : Ray Luke Tante. Il fut démasqué sous le nom d’Otto Litz alors qu’il s’apprêtait à crever les pneus d’une Lada Kalinka mal garée.

Le réluctant regimbe et grogne contre l’autocastration qu’on s’impose de nous-mêmes mais ne passe pas d’ordinaire à l’acte alors que le délinquant satisfait son désir sans passer à la caisse. Le réluctant ou timopathe ne comprend pas pourquoi il doit payer des droits de passage à l’acte mais ne franchit pas le pas même s’il sait ce qui lui ferait plaisir : il objecte, résiste en pensée à la censure et à l’autocastration, peste contre elle sans céder pour autant. Quant au délinquant ou chrématopathe, il n’éprouve même pas le besoin de grogner contre la règle puisqu’il accède sans détours par la Norme à l’assouvissement de sa concupiscence, un mot sulfureux pour désigner l’aspiration humaine au plaisir naturel sans entrave. 

D’un côté, le gamin qui pique une colère parce qu’il y a une vitre qui l’empêche d’accéder aux gâteaux. De l’autre, celui qui n’a même pas vu la vitre parce qu’il est passé derrière le comptoir pour se servir.

Ce schéma met en évidence l’analogie des pathologies des phases instantielle (autolyse) et performantielle (fusion) du Réglementant (timologie) et du Réglementé (chrématologie)

On détaillera dans les prochains chapitres le tableau nosographique que propose (autant qu’il impose) le modèle de la Norme. Rappelons au passage que la théorie de la médiation postule que les quatre plans de médiations fonctionnent et par conséquent dysfonctionnent de manière similaire. Aux huit psychoses et perversions avérées du modèle de la Personne, correspondent donc huit névroses et psychopathies, chacune de ces dernières correspondant à un défaut, au sens de manque, d’une faculté.

Tout le reste est littérature ! A la revoyure !